Étude de Michael E. Hoffer et collaborateurs — publiée le 12 décembre 2018 dans Laryngoscope Investigative Otolaryngology, volume 4, pages 124–131 (édition de février 2019).
Titre original : Acute findings in an acquired neurosensory dysfunction
Traduction : « Constatations cliniques aiguës dans un dysfonctionnement neurosensoriel acquis »
1. Présentation générale de l’étude
Cette étude scientifique américaine porte sur les troubles neurologiques, auditifs et vestibulaires observés chez des diplomates et des membres de leur famille en poste à La Havane, à Cuba, entre 2016 et 2017.
Ces événements sont associés à ce qui sera progressivement désigné sous le nom de syndrome de La Havane, aujourd’hui également étudié sous l’appellation d’« incidents de santé anormaux » (Anomalous Health Incidents, ou AHI).
Les personnes concernées décrivent l’apparition soudaine de symptômes inhabituels, notamment des vertiges, des douleurs aux oreilles, des acouphènes, des difficultés de concentration et des troubles de l’équilibre.
Plusieurs rapportent également avoir entendu des sons aigus particulièrement intenses ou ressenti une pression localisée sur leur corps avant l’apparition des symptômes.
L’objectif des chercheurs est d’étudier ces manifestations dans les semaines suivant les événements rapportés, afin de mieux comprendre les troubles médicaux observés.
Contrairement à d’autres études portant sur des patients examinés plusieurs mois après les faits, celle-ci s’intéresse à des personnes évaluées relativement tôt, entre 4 et 60 jours après le dernier événement signalé.
Cette caractéristique est importante, car elle permet d’observer des anomalies qui pourraient évoluer, s’atténuer ou être compensées avec le temps.
L’étude cherche principalement à répondre à trois questions :
- Quels symptômes apparaissent chez les personnes concernées ?
- Les examens médicaux révèlent-ils des anomalies mesurables et objectives ?
- Existe-t-il un ensemble de signes cliniques suffisamment caractéristique pour faciliter le diagnostic ?
Les auteurs ne cherchent pas à identifier directement une arme ou un dispositif responsable. Leur recherche est avant tout clinique et médicale.
2. Les circonstances rapportées par les diplomates
Les premiers signalements remontent à la fin de l’année 2016.
Des diplomates américains et leurs proches, installés à La Havane, déclarent avoir été confrontés à des phénomènes sonores ou à des sensations de pression inhabituelles dans leurs lieux de résidence.
Des sons particulièrement localisés
Les témoignages recueillis par les chercheurs décrivent notamment des sons présentant plusieurs caractéristiques :
- Une intensité sonore importante.
- Une tonalité aiguë, décrite comme étant de haute fréquence.
- Une localisation très précise dans certaines zones des pièces.
- L’impression que le son suivait les déplacements de la personne.
Certains participants expliquent que le phénomène sonore cessait immédiatement lorsqu’ils sortaient de leur habitation.
D’autres rapportent qu’un simple déplacement de quelques mètres à l’intérieur d’une pièce pouvait faire disparaître la sensation.
Des sensations de pression dans le corps
Tous les patients ne décrivent pas nécessairement un son.
Certains indiquent avoir ressenti une sorte de pression traversant leur tête ou leur abdomen.
Ces sensations pouvaient apparaître dans un endroit précis et disparaître lorsqu’ils changeaient de position.
Dans certains cas, les personnes ont cherché à identifier la provenance du bruit, ce qui aurait prolongé leur présence dans la zone concernée pendant plusieurs minutes.
Quatre participants décrivent des épisodes plus courts, d’environ une à deux minutes, mais répétés sur plusieurs nuits.
Un point essentiel : ces phénomènes correspondent aux descriptions des participants. Les chercheurs n’ont pas mesuré directement leur source physique, leur intensité, leur fréquence ni leur éventuel mécanisme de propagation. L’étude ne permet donc pas de confirmer la nature des phénomènes décrits.
Elle examine en revanche les problèmes médicaux constatés après ces événements.
3. Les personnes étudiées et la méthodologie
L’étude repose sur une analyse rétrospective de dossiers médicaux, c’est-à-dire une analyse de résultats d’examens déjà réalisés.
25
Personnes symptomatiques
10
Cohabitants sans symptômes
105
Autres employés examinés à Cuba
Les 35 premiers participants ont été examinés à l’Université de Miami. Leur âge moyen était de 42,3 ans. Les 105 autres employés ont bénéficié d’évaluations cliniques à Cuba et n’ont pas présenté le tableau symptomatique caractéristique décrit chez les patients concernés.
Les 25 personnes symptomatiques déclaraient avoir directement perçu un phénomène sonore ou une sensation de pression.
Les 10 personnes asymptomatiques vivaient dans les mêmes habitations que certaines personnes concernées. Huit n’avaient pas personnellement perçu de phénomène, tandis que deux avaient décrit des sensations directes très brèves.
Les chercheurs ont comparé les manifestations cliniques de ces deux groupes, tout en examinant également les informations provenant des 105 autres employés.
Les examens médicaux comprenaient notamment l’étude de l’audition, du fonctionnement de l’oreille interne, des mouvements oculaires, de l’équilibre et de certaines fonctions cognitives.
Une partie des patients a également bénéficié d’examens neuropsychologiques approfondis.
Cette méthodologie permet d’identifier des anomalies mesurables, mais elle présente une limite : les participants n’ont pas été sélectionnés de manière aléatoire, et le groupe de comparaison de 10 personnes reste réduit.
4. Les symptômes observés
Les médecins constatent que les troubles de l’équilibre sont les manifestations les plus fréquentes au moment de la consultation.
Les difficultés cognitives arrivent en deuxième position.
Fréquence des symptômes chez les 25 patients
| Symptôme | Patients | Fréquence |
|---|---|---|
| Vertiges ou troubles de l’équilibre | 23/25 | 92 % |
| Difficultés cognitives | 14/25 | 56 % |
| Baisse subjective de l’audition | 8/25 | 32 % |
| Acouphènes | 8/25 | 32 % |
| Douleurs aux oreilles | 7/25 | 28 % |
| Maux de tête | 6/25 | 24 % |
Prévalence des symptômes
Pourcentage des 25 patients symptomatiques lors de leur évaluation médicale
Les auteurs précisent que 24 patients sur 25 (96 %) présentaient au moins deux symptômes, et que 16 sur 25 (64 %) en présentaient au moins trois.
Il ne s’agissait donc généralement pas d’un problème isolé, mais de plusieurs manifestations associées.
Une évolution entre l’apparition des troubles et la consultation
L’étude distingue les manifestations survenues immédiatement après les événements rapportés et les symptômes encore présents lors des examens.
Les patients décrivent initialement des douleurs auditives, des acouphènes, une désorientation et des difficultés de concentration.
Selon les récits recueillis, l’ensemble des 25 personnes concernées avaient ressenti des difficultés d’équilibre et des symptômes cognitifs dans les 18 heures suivant l’épisode associé à une douleur auriculaire.
Cependant, lors de leur consultation ultérieure, seuls 56 % mentionnaient encore spontanément des plaintes cognitives.
Cette différence montre l’importance de distinguer les symptômes rapportés au moment des événements et ceux relevés plusieurs jours ou semaines après.
Comparaison avec les personnes sans symptômes
Aucun des 10 cohabitants asymptomatiques ne présentait de vertiges, de difficultés cognitives, d’acouphènes, de douleurs auriculaires ou de perte auditive nouvellement rapportés.
Deux avaient cependant des maux de tête.
Les différences entre les groupes étaient particulièrement nettes pour les vertiges et les plaintes cognitives.
En revanche, les différences concernant les acouphènes, la baisse auditive et les douleurs aux oreilles n’atteignaient pas séparément le seuil statistique habituel de 5 %, compte tenu notamment de la petite taille de l’échantillon.
Ces résultats montrent une association clinique importante dans cette cohorte, mais ne suffisent pas à démontrer la cause initiale des troubles.
5. Les anomalies de l’oreille interne et de l’équilibre
C’est l’un des résultats majeurs de cette étude.
Les chercheurs ont constaté de nombreuses anomalies dans le fonctionnement du système vestibulaire, responsable de l’équilibre et de la perception des mouvements du corps.
Ce système se trouve dans l’oreille interne et communique étroitement avec le cerveau.
Il permet notamment de détecter les mouvements de la tête, de maintenir une vision stable et de conserver une orientation correcte dans l’espace.
Le rôle des organes otolithiques
Les auteurs accordent une attention particulière à deux structures de l’oreille interne :
- L’utricule, qui participe notamment à la détection des accélérations horizontales et de l’inclinaison de la tête.
- Le saccule, qui intervient notamment dans la perception des accélérations verticales.
Ces organes sont indispensables à l’orientation du corps par rapport à la gravité.
Une perturbation de leur fonctionnement peut provoquer des sensations de déséquilibre, d’instabilité ou de mouvement anormal.
Le test de la verticale visuelle subjective
Les chercheurs utilisent un examen appelé Subjective Visual Vertical (SVV).
Le principe consiste à demander au patient d’orienter une ligne de manière parfaitement verticale, sans disposer de repères visuels habituels.
Normalement, une personne dont le système vestibulaire fonctionne correctement peut réaliser cet exercice avec une erreur limitée.
Chez les patients étudiés :
22 personnes sur 25, soit 88 %, présentaient une déviation jugée anormale.
De plus, 18 patients sur 25 (72 %) présentaient une déviation supérieure à 4,3 degrés.
Ces résultats suggèrent un dysfonctionnement du système qui permet au cerveau d’interpréter l’orientation de la tête par rapport à la gravité.
Les potentiels évoqués vestibulaires
Douze patients ont bénéficié de tests spécialisés appelés VEMP (Vestibular Evoked Myogenic Potentials).
Ces examens mesurent certaines réponses musculaires réflexes provoquées par la stimulation vestibulaire.
Ils permettent d’explorer des voies nerveuses liées aux organes otolithiques.
Les résultats sont particulièrement intéressants :
| Examen vestibulaire | Résultats anormaux |
|---|---|
| Verticale visuelle subjective (SVV) | 22/25 — 88 % |
| Réflexe vestibulo-oculaire en rotation | 10/12 — 83 % |
| VEMP cervicaux | 8/12 — 67 % |
| VEMP oculaires | 8/12 — 67 % |
| Au moins un des deux VEMP | 11/12 — 92 % |
| Examens vestibulaires centraux | 9/25 — 36 % |
Les chercheurs interprètent ces résultats comme compatibles avec une atteinte vestibulaire périphérique, notamment au niveau des organes otolithiques.
Cela signifie que les anomalies pourraient concerner les structures sensorielles de l’oreille interne et leurs voies fonctionnelles, plutôt qu’exclusivement les régions cérébrales chargées du traitement des informations vestibulaires.
Il est toutefois important de distinguer une anomalie fonctionnelle détectée par un test d’une lésion anatomique directement visualisée : ces examens ne montrent pas à eux seuls une destruction des tissus.
Les auteurs résument leur constat en soulignant que l’ensemble du groupe symptomatique présentait des signes de dysfonctionnement vestibulaire selon les évaluations cliniques et instrumentales réalisées.
C’est l’un des arguments principaux de leur publication en faveur de l’existence d’un tableau neurosensoriel médicalement caractérisable.
6. Les troubles cognitifs et neurologiques
L’autre aspect important de cette étude concerne les troubles cognitifs observés chez les diplomates.
Les patients rapportent des difficultés qui affectent leur fonctionnement intellectuel quotidien, parfois sans présenter de symptômes neurologiques spectaculaires.
Les principales difficultés rapportées
Les chercheurs décrivent notamment :
- Des problèmes de concentration et d’attention prolongée.
- Une impression de brouillard mental, avec une diminution de la clarté des pensées.
- Un ralentissement de la vitesse de traitement des informations.
- Des difficultés de mémorisation et de restitution des souvenirs.
- Des problèmes pour trouver certains mots lors d’une conversation.
- Une difficulté accrue à réaliser plusieurs tâches simultanément.
- Une irritabilité inhabituelle et des modifications émotionnelles.
Ces symptômes peuvent avoir des conséquences importantes sur les activités professionnelles et personnelles, particulièrement lorsqu’une personne doit effectuer des tâches complexes nécessitant une attention soutenue.
Des examens neuropsychologiques révélant des anomalies
Parmi les 14 personnes rapportant des difficultés cognitives, neuf ont bénéficié d’une évaluation neuropsychologique approfondie.
Les résultats montrent des performances inférieures à celles attendues compte tenu de l’âge et du niveau d’instruction des patients.
Les déficits concernent notamment la mémoire de travail, la fluidité verbale, l’attention soutenue, certaines capacités de traitement auditif et la vitesse de traitement de l’information.
Des diminutions de la force de préhension ont également été constatées chez plusieurs participants.
Ces constatations sont importantes, car elles ne reposent pas uniquement sur les déclarations des patients : elles proviennent aussi de tests standardisés.
Le test des antisaccades
Les 25 patients ont également passé un examen des mouvements oculaires appelé test des antisaccades.
Ce test consiste à présenter un stimulus visuel et à demander au participant de regarder dans la direction opposée.
Pour réussir, le cerveau doit inhiber la réaction automatique consistant à regarder le stimulus.
Cette capacité fait intervenir plusieurs fonctions exécutives, notamment le contrôle de l’attention et l’inhibition des réponses automatiques.
Résultat : 13 patients sur 25 (52 %) présentaient un taux d’erreur anormal.
Ce résultat indique que certains mécanismes de contrôle cognitif pouvaient être perturbés.
Il ne permet cependant pas, à lui seul, de localiser une lésion cérébrale particulière.
L’état psychologique des patients
Les chercheurs signalent également des difficultés émotionnelles, notamment de l’anxiété, une irritabilité accrue et des symptômes dépressifs chez une partie des personnes évaluées.
Ils ne concluent pas que ces troubles psychologiques seraient la cause de l’ensemble des manifestations physiques.
Inversement, l’étude ne démontre pas non plus que tous les troubles émotionnels découleraient directement d’une atteinte neurologique.
Les troubles vestibulaires et les difficultés cognitives peuvent eux-mêmes avoir des répercussions psychologiques importantes, tandis que l’anxiété et le stress peuvent également influencer les performances aux examens.
Les auteurs soulignent donc l’intérêt d’une évaluation médicale associant plusieurs spécialités.
7. Les troubles auditifs : une distinction importante
Même si les patients décrivent fréquemment des manifestations auditives, les examens révèlent une situation plus nuancée.
Huit personnes déclarent avoir subi une baisse de leur audition, mais seulement deux présentent des résultats anormaux aux examens audiométriques standards.
De plus, ces deux patients avaient déjà des déficits auditifs avant les événements signalés. Les chercheurs ne disposaient pas d’anciens audiogrammes leur permettant de mesurer une éventuelle aggravation.
Ainsi, l’étude ne démontre pas que les événements rapportés ont provoqué une perte auditive objectivement mesurable chez ces deux personnes.
En revanche, les examens vestibulaires révèlent beaucoup plus fréquemment des anomalies.
Cela suggère que, dans cette cohorte, le système de l’équilibre était davantage concerné que les fonctions auditives évaluées par les tests habituels.
Cette observation constitue un élément central dans l’interprétation des auteurs : le tableau clinique ne correspond pas simplement à une exposition à un bruit intense provoquant des lésions auditives classiques.
8. Les hypothèses sur les causes physiques
C’est une partie particulièrement intéressante de la publication.
Les auteurs examinent différentes hypothèses susceptibles d’expliquer les phénomènes rapportés et les anomalies médicales.
Ils insistent cependant sur le fait que la nature de l’exposition responsable, si une exposition physique commune est effectivement à l’origine des troubles, n’a pas été déterminée.
L’hypothèse des micro-ondes pulsées
Les chercheurs évoquent la possibilité que certaines formes d’énergie électromagnétique puissent produire des sensations auditives.
Ils font référence à des travaux scientifiques antérieurs concernant les effets auditifs des micro-ondes pulsées.
Ce phénomène, généralement appelé effet auditif des micro-ondes ou effet de Frey, désigne la perception de sons provoquée par certaines impulsions électromagnétiques, sans qu’une source sonore extérieure traditionnelle soit nécessaire.
Des travaux expérimentaux ont notamment étudié la manière dont des impulsions de micro-ondes peuvent provoquer des réponses dans les structures auditives.
Les auteurs évoquent aussi des observations expérimentales concernant la production de réponses cochléaires chez le cobaye.
Ils s’interrogent donc sur la possibilité qu’un phénomène énergétique puisse produire des effets au niveau de l’oreille interne.
Mais ils ne présentent aucune mesure électromagnétique réalisée lors des événements de La Havane, et ne démontrent pas que les patients aient été exposés à des micro-ondes.
Il s’agit d’une piste théorique, non d’une cause identifiée.
L’hypothèse des ultrasons
L’article s’intéresse également aux ultrasons.
Les ultrasons correspondent à des vibrations mécaniques dont la fréquence dépasse généralement la limite supérieure de l’audition humaine, soit environ 20 kHz.
Les chercheurs rappellent que les expositions à des ultrasons suffisamment intenses peuvent, dans certaines circonstances, être associées à différents symptômes : nausées, douleurs, vertiges, fatigue, maux de tête ou acouphènes.
Ils notent que certaines structures vestibulaires peuvent répondre à des stimulations acoustiques.
Cela conduit à examiner l’hypothèse selon laquelle une énergie acoustique particulière pourrait perturber le fonctionnement de l’oreille interne.
Là encore, la publication ne contient aucune mesure montrant qu’un dispositif ultrasonore était présent dans les lieux concernés.
L’hypothèse de la cavitation
Les auteurs évoquent un troisième mécanisme : la cavitation.
La cavitation est un phénomène physique dans lequel des bulles apparaissent dans un liquide puis peuvent s’effondrer rapidement, produisant localement des effets mécaniques.
Dans certaines conditions expérimentales, l’effondrement de ces bulles peut générer des ondes de pression et d’importantes contraintes mécaniques.
Les chercheurs s’interrogent sur la possibilité que des phénomènes de cette nature puissent intervenir dans certains liquides biologiques, notamment ceux présents dans l’oreille interne ou autour du système nerveux.
Ils citent des travaux sur la cavitation acoustique, les ultrasons et certains mécanismes observés dans d’autres contextes physiques.
Cependant, aucune formation de bulles, aucune cavitation et aucune lésion provoquée par ce mécanisme n’ont été observées directement chez les patients de cette étude.
Cette hypothèse reste donc spéculative.
Ce que l’étude permet de conclure sur ces mécanismes
| Hypothèse | Statut dans l’article |
|---|---|
| Exposition à des micro-ondes pulsées | Évoquée, non démontrée |
| Exposition à des ultrasons | Évoquée, non démontrée |
| Cavitation dans les liquides biologiques | Mécanisme théorique, non observé |
| Dysfonctionnement vestibulaire | Anomalies mesurées chez de nombreux patients |
| Origine intentionnelle ou utilisation d’une arme | Non établie |
Ces distinctions sont essentielles. Une possibilité physique discutée dans un article scientifique ne constitue pas une démonstration de sa mise en œuvre dans un événement particulier.
9. Une comparaison avec les traumatismes crâniens légers
Les chercheurs examinent également les ressemblances entre les symptômes observés chez les diplomates et ceux rencontrés après un traumatisme crânien léger.
Un traumatisme crânien léger peut parfois provoquer des vertiges, des difficultés cognitives, des troubles de concentration, une sensibilité accrue aux stimulations sensorielles et des problèmes d’équilibre.
Plusieurs symptômes observés dans l’étude présentent donc des similitudes avec ceux décrits après une commotion cérébrale.
Néanmoins, les chercheurs identifient certaines différences.
La proportion de personnes présentant des anomalies des organes otolithiques est particulièrement élevée dans leur cohorte.
De plus, les céphalées ne concernent que 24 % des personnes symptomatiques au moment de l’évaluation, alors qu’elles sont généralement beaucoup plus fréquentes après un traumatisme crânien classique.
Les auteurs considèrent donc que les manifestations observées pourraient correspondre à un tableau clinique dominé par une perturbation neuro-otologique, accompagnée de symptômes cognitifs.
Ils ne démontrent cependant pas que les patients ont subi un traumatisme cérébral causé par une onde de choc ou un phénomène comparable à une explosion.
Le rapprochement avec les traumatismes crâniens repose sur certaines similitudes cliniques et fonctionnelles, non sur l’identification d’un mécanisme traumatique commun.
10. La question des expositions localisées
L’étude souligne un élément particulier : certaines personnes symptomatiques vivaient dans les mêmes logements que des personnes ne présentant aucun trouble.
Les auteurs jugent cette observation compatible avec l’idée d’un phénomène limité dans l’espace ou dans le temps.
Cette interprétation repose notamment sur les témoignages selon lesquels les sons ou les sensations de pression semblaient disparaître lorsque les personnes changeaient de position.
Cependant, la comparaison ne permet pas de déterminer si les personnes ont réellement été soumises à des niveaux différents d’une énergie physique.
L’absence de symptômes chez un cohabitant peut avoir différentes explications : absence de perception du phénomène, différences individuelles, durée d’exposition déclarée ou autres facteurs non mesurés.
Les auteurs reconnaissent par ailleurs qu’il est impossible d’exclure la présence de manifestations comparables chez des personnes n’ayant perçu aucun son ou aucune sensation de pression.
Cette partie de l’étude fournit donc une observation intéressante, mais pas une démonstration physique de la directivité d’un éventuel rayonnement ou d’une source acoustique.
11. Les limites scientifiques de l’étude
Les auteurs reconnaissent plusieurs limites méthodologiques qu’il convient de prendre en compte pour interpréter leurs conclusions.
Premièrement, il s’agit d’une étude rétrospective portant sur un petit échantillon. Les 25 patients symptomatiques ne constituent pas un échantillon représentatif de toutes les personnes ayant signalé des événements comparables.
Deuxièmement, tous les participants n’ont pas passé exactement les mêmes examens approfondis. Les tests spécialisés ont été prescrits selon les besoins cliniques, ce qui peut introduire un biais de sélection.
Troisièmement, certains examens ont été interprétés à l’aide de données provenant de groupes témoins historiques plutôt que d’un groupe contemporain évalué dans des conditions strictement identiques.
Quatrièmement, les chercheurs ne disposaient pas de mesures médicales réalisées avant les événements pour chaque fonction étudiée. Il est donc difficile de déterminer avec certitude quelles anomalies étaient nouvelles.
Cinquièmement, les descriptions des phénomènes sonores ou des sensations de pression reposent sur les témoignages des participants, sans enregistrement physique permettant de caractériser les éventuelles expositions.
Enfin, les auteurs soulignent eux-mêmes la difficulté d’attribuer correctement des symptômes à un événement particulier. Une association temporelle entre un phénomène inhabituel et l’apparition de symptômes ne suffit pas à établir une relation causale.
Ces limites ne font pas disparaître les anomalies médicales relevées, mais elles réduisent la portée des conclusions possibles concernant leur origine.
L’étude apporte donc des éléments cliniques descriptifs plutôt qu’une preuve étiologique, c’est-à-dire une démonstration de la cause des troubles.
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12. Les recommandations et les perspectives médicales
Les auteurs considèrent que leurs observations pourraient contribuer à améliorer l’évaluation de personnes signalant des symptômes similaires.
Ils soulignent notamment l’intérêt d’examens spécifiques du système vestibulaire, qui peuvent mettre en évidence des anomalies non détectées lors d’une consultation neurologique ou auditive standard.
Les examens qu’ils jugent particulièrement utiles comprennent la verticale visuelle subjective, les potentiels évoqués vestibulaires et les tests des réflexes vestibulo-oculaires.
L’étude suggère également l’intérêt de procéder à des évaluations relativement précoces, lorsque cela est possible, puis de suivre l’évolution des manifestations dans le temps.
Une telle démarche pourrait permettre de mieux distinguer les troubles persistants, les anomalies susceptibles de s’atténuer et les difficultés nécessitant une prise en charge spécialisée.
Les chercheurs insistent sur l’importance de documenter précisément les signes médicaux plutôt que de se limiter à la description des sensations.
Toutefois, l’article ne propose pas de traitement spécifique validé ni de protocole permettant d’identifier avec certitude une cause particulière.
Il constitue avant tout une contribution à la caractérisation clinique des troubles signalés à La Havane.
13. Conclusion générale
L’étude menée par Michael E. Hoffer et ses collaborateurs constitue une contribution scientifique importante aux premières investigations médicales concernant les événements survenus chez des diplomates américains à Cuba à partir de 2016.
Elle rapporte, dans un groupe de 25 personnes symptomatiques, une fréquence élevée de vertiges, de troubles cognitifs et surtout d’anomalies aux examens du système vestibulaire.
Les résultats les plus remarquables concernent la verticale visuelle subjective, anormale chez 88 % des patients, et les potentiels évoqués vestibulaires, dont au moins un était anormal chez 11 des 12 personnes ayant bénéficié de ces examens.
Les chercheurs ont également identifié des difficultés cognitives objectivées par certains tests neuropsychologiques, notamment dans les domaines de l’attention, de la mémoire de travail et de la vitesse de traitement des informations.
Ces constatations suggèrent l’existence, au sein de cette cohorte, d’un ensemble de troubles neurosensoriels pouvant être étudiés au moyen d’examens médicaux spécialisés.
L’article présente aussi différentes hypothèses physiques susceptibles d’être explorées, notamment les micro-ondes pulsées, les ultrasons et certains phénomènes de cavitation.
Néanmoins, aucune de ces hypothèses n’a été démontrée comme étant à l’origine des symptômes observés.
La principale conclusion de cette publication est donc médicale : les chercheurs ont décrit des anomalies vestibulaires et cognitives mesurables chez plusieurs diplomates ayant signalé des phénomènes inhabituels. En revanche, ils n’ont pas établi la nature de l’exposition éventuellement responsable ni démontré l’utilisation d’une technologie à énergie dirigée.
L’intérêt scientifique de cette recherche réside dans l’identification de tests susceptibles d’aider à caractériser les troubles rapportés et dans la nécessité de poursuivre des investigations rigoureuses pour en comprendre les causes.


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